Bizarre comme l'esprit parfois divague... Le mien l'a fait pendant que je préparais un repas récemment, et je me suis alors rendu compte que le rapport que j'entretiens avec le tricot est comparable à celui que je pourrais entretenir (ou ai entretenu, ou me suis astreinte à ne pas entretenir) avec la nourriture. Etrange, et pourtant, ça semble clair, voici donc le résultat de mes élécubrations :
1) Illustration d'un proverbe de Cicéron (je crois !) repris par Molière dans l'Avare : "Il faut manger pour vivre et non vivre pour manger".
C'est on ne peut plus vrai. Depuis des années je réussis (non sans peine) à me freiner sur la nourriture et le grignotage, et pour l'instant ma consommation quotidienne de tricot est normale. Par "normale", j'entends que j'ai la chance de pouvoir tricoter en moyenne 2 heures par jour (je sais, c'est une bénédiction !), dans la soirée, mais qu'à moins qu'une insomnie ne m'indispose, je ne me relève pas la nuit pour prendre les aiguilles. Et si un soir je suis trop fatiguée ou malade ou que je suis de sortie et que par conséquent la séance tricot tombe à l'eau, je n'en fais pas une maladie. Je dirais que de ce côté-là, c'est plutôt "sain".
Je ne parle tricot qu'avec les personnes qui ont la même passion que moi et encore, avec celles-ci, il y a souvent beaucoup d'autres sujets de conversation qui passent en priorité. Je n'ai jamais évoqué le sujet avec qui que ce soit de "profane" et si une discussion s'est orientée vers lui, ce n'est pas moi qui ai fait en sorte que. Ca doit venir du fait que j'ai souvent eu (et ai encore souvent) à supporter des sujets de conversation pour lequel je n'ai aucun intérêt particulier et qui, je l'avoue, s'avèrent rasoir. J'évite donc de faire la même chose avec les sujets qui m'intéressent personnellement mais risquent de saoûler certains des contemporains que je fréquente. Mais c'est une autre histoire...
2) Sur le thème des "réserves"...
Vaste sujet, au moins aussi étendu que la réserve de laine à tricoter en elle-même. C'est vrai que le garde-manger chez nous est plein en permanence de denrées non périssables. Mais ce n'est pas la peur de manquer ou la crainte de la pénurie qui me font engranger de la sorte, c'est juste l'expérience. Pour avoir été bloquée une fois et pour plusieurs jours par 2 enfants grippés à la maison, leur père parti en déplacement professionnel, et me sentant moi-même atteinte par les mêmes symptômes que les rejetons, j'ai juré, mais un peu tard, que l'on ne m'y prendrait plus. Or donc, il y a suffisamment de nourriture au congélateur et sur les étagères de la cave pour pouvoir tenir plusieurs jours en quasi-autarcie. Mais quand les étagères et le congélateur sont pleins, je ne continue pas à acheter pour me retrouver ensuite avec un problème de place.
Pour la laine, c'est un peu différent ! J'ai de quoi vivre longtemps sur ma réserve, car je suis partie du principe que je ne sais jamais ce que je vais avoir envie de tricoter et quand, j'ai profité plusieurs fois de "prix spéciaux" et autres promotions, et ai effectué mes achats à une époque où nous avions à disposition plus d'argent que d'habitude. Maintenant... je suis à l'abri pour les années à venir et si bien sûr le démon de la tentation vient encore me chatouiller la moëlle épinière, je tente de résister au maximum.
Je dois dire que si ce n'est pas encore parfait, je me suis beaucoup améliorée et prends les choses avec beaucoup plus de recul... il ne me "faut" plus tel ou tel kit ou lot, même si je sais pertinemment que je ne le tricoterai pas avant de longs mois voire des années. C'est un lutte pour résister à chaque épisode ou chaque crise, mais j'ai remarqué que curieusement, les fameux épisodes sont de moins en moins fréquents (et c'est tant mieux !). De toute façon, je n'ai plus de place dans la réserve et me suis interdit d'envahir les parties communes réservées à la vie familiale, donc, la question ne se pose pas !
3) Gourmandise et gloutonnerie...
J'ai toujours été plus qu'enrobée et la faute vient du fait que depuis toute petite, je suis une faible et grande gourmande devant l'Eternel. Malgré les avertissements parentaux, je n'ai pas réalisé assez tôt que je paierais un jour les conséquences de ce pêché. J'ai pris ça trop à la légère et maintenant, je me mords les doigts : c'est un combat quotidien pour ne pas prendre encore plus de poids (je ne dis pas "en perdre", car cela relève apparemment de l'impossible malgré les privations).
J'ai dompté ma gourmandise comme j'ai pu et il y a fort longtemps que je ne gloutonne plus. Mon estomac a dû s'habituer à se voir administrer des doses plus petites au fil des années car il semble ne plus réclamer, je ne ressens plus le besoin impérieux de sucre (je ne sucre ni mon café ni mon thé, et pourtant j'en bois plusieurs fois par jour) et je comble mes éventuelles fringales de la journée avec un fruit.
Je voudrais réussir à faire la même chose avec les ouvrages en cours... parce que pour avoir expérimenté la gloutonnerie échevelée qui me poussait à commencer et tenter de mener à bien une kyrielle de nouveaux projets simultanément, je sais maintenant que ce n'est définitivement pas pour moi. J'admire celles et ceux qui arrivent à mener plein d'ouvrages variés de front en même temps et je reconnais que j'ai été par le passé un peu envieuse. Mais c'est fini, et je le sais maintenant : je n'arrive à rien quand il faut mener plusieurs ouvrages de front. Je me sens beaucoup mieux, plus légère et apaisée si je ne travaille qu'à un seul gros ouvrage à la fois.
Je suis en train d'essayer de redresser la barre pour retomber sur mes pieds et reprendre la vitesse qui me convenait si bien auparavant : un seul gros ouvrage à la fois sur les aiguilles. Ca demande de la discipline, car comme vous avez pu le constater en lisant dans la marge la liste de mes Ouvrages en Cours et celle des Ouvrages Momentanément Délaissés, je me suis laissé aller à de la gloutonnerie. En attendant, je fais du mieux que je peux et systématiquement, travaille à un ouvrage déjà commencé jusqu'à ce qu'il soit terminé. L'idéal pour moi serait que la rubrique Ouvrages Momentanément Délaissés disparaisse complètement... vaste programme !
A l'avenir, il me suffirait juste de faire un choix judicieux au moment de commencer un ouvrage pour que je sois suffisamment accrochée et ne me lasse pas en cours, c'est tout. Ca aussi, c'est à l'étude...
4) Déguster ou engloutir tout rond...
Il semble que je sois très lente, toujours la dernière à table, même si la portion à laquelle je m'attaque est de moitié plus petite que celle de certains autres membres de la famille.
Pour le tricot, c'est un peu ça aussi. Je prends mon temps sur un ouvrage, d'abord parce que comme je l'ai dit plus haut, avec 2 heures quotidiennes, les progrès, même constants, ne peuvent pas être fulgurants et en plus parce que je n'ai pas un rythme frénétique. Je tiens mes aiguilles fermement et je pense, d'une des nombreuses façons correctes qui existent, mais je suis juste moyennement rapide.
Et puis je déteste avoir à me presser quand je fais quelque chose que j'aime bien. Il m'est arrivé d'être obligée de mettre les bouchées doubles, parce que j'avais par exemple décider que l'ouvrage devrait être fini à une date précise pour quelque raison que ce soit... et vraiment, non ! travailler avec une date-butoir et devoir pour ce faire se dépêcher d'engloutir le tout sans le savourer, ça ne me va pas.
5) Intolérance et autres allergies...
Il y a des aliments et ingrédients que j'ai bannis de mon régime alimentaire pour diverses raisons (une allergie, le goût, incompatibilité avec mon estomac,...), je vais continuer à faire la même chose avec le tricot et même durcir le règlement. Je suis allergique à l'acrylique, qui me fait transpirer et me donne des démangeaisons, je supporte certains mélanges, je vais continuer à n'utiliser que les matières qui ne provoquent pas de réaction.
Rester loin des modèles qui semblent affriolants et qui s'avèrent être trop mous, de construction douteuse, continuer à faire attention à ce que je tricote convienne à l'anatomie du destinataire. Il y a certaines erreurs que je ne commettrai plus.
Il y a des choses qui conviendraient à mon anatomie, mais que je préfère ne pas tricoter parce que la phase tricot n'a rien de transcendental. Donc beaucoup de modèles sont bannis de mon panier à ouvrages. Mais je n'en souffre pas, de même que je ne souffre pas de ne pas pouvoir ingurgiter de lentilles, même si "c'est plein de fer et excellent pour la santé".
6) De la digestion...
Rien à faire, je digère beaucoup mieux des petites quantités et surtout peu de mélanges, les menus "dégustation" des restaurants branchés n'ont jamais été ma tasse de thé. Donc si un repas équilibré, de bonne consistance, constitué de petites portions et savouré à un rythme doux convient mieux à mon estomac, il en est de même pour le tricot : modération en tout, ne pas avoir les yeux plus grands que le ventre.
L'envoi : Voilà en clair les raisons qui font que je voudrais changer ma ligne de conduite et mon rapport au tricot pour retourner à quelque chose qui me convient et fait que cette passion continue à en être une, et ne devienne pas un casse-tête de choses à gérer. Parce qu'au départ, c'est pour ça que je tricote, le plaisir et le côté thérapeutique aussi : car pour moi, le tricot est un "soigne-âme". Si ça doit provoquer chez moi de nouveaux doutes et des problèmes supplémentaires à régler, ça n'a plus aucun intérêt de continuer.
Voilà d'ailleurs l'illustration d'une erreur que je me commettrai plus (puisque de toute façon je n'aurai plus différents gros ouvrages sur les aiguilles en même temps, non ?) :
avoir sur les aiguilles des ouvrages qui reprennent les même tons. Si on rajoute à cela le pull Grenouille en Jaspée BdF, auquel je vais tricoter une 2ème manche incessamment sous peu, je frôle l'overdose de mauve, violet et vert. Et pourtant, je les aime, ces couleurs... Abalone a un bout de 1ère manche et Irish Beach va bientôt être doté d'un 4ème morceau, c'est beau !
J'espère que vous aurez moins de mal que moi ces derniers jours à avoir accès à mon journal, car j'avoue que je me suis un peu énervée sur la lenteur et la performance de TypePad. Comme c'est exceptionnel que ça arrive, je ne râle pas, je prends mon mal en patience... Mais si vous ne voyez pas la nouvelle mise en page, essayez un "hard refresh" en tapant Ctrl + F5 sur un PC ou Command + Refresh sur un Mac et j'espère que ça marchera.